Fusillons les traîtres
Russie|
| 7 mars 2007
D’une petite expiration j’ai soufflé la poussière déposée sur la couverture de cuir de l’ouvrage que j’avais commandé la veille. Il avait fallu un jour à la bibliothécaire des Archives Nationales de Russie pour dégoter l’édition reliée de l’année 1936 du journal soviétique “L’art”. Un jour, c’était peu pour une bibliothèque en pleins travaux de réfections, et complètement désorganisée même d’ordinaire. Elle n’avait même pas exigé un petit billet discrètement glissé avec ma carte de lectrice, pour avoir accéléré l’affaire. Ne m’eût-elle engueulée en me remettant l’ouvrage parce qu’elle n’approuvait pas “que les étrangers se mettent le nez dans nos dossiers d’époque”, je lui aurais été chaudement reconnaissante de tant de célérité.
J’ai occupé une place libre de la salle de lecture. Celle qui menaçait le moins de recevoir un morceau de plâtre du plafond que les ouvriers étaient en train de retaper. J’ai fait abstraction des bruits de scie mécanique et de marteau-piqueur qui faisaient vibrer la pancarte “Silence SVP”, et me suis mise à la lecture de l’article qui m’intéressait.
Mais c’est un autre qui a capté mon attention. Un autre que le résumé français, inclus à la fin de chaque édition, titrait “Ennemis odieux du peuple soviétique” . “Par la volonté du peuple soviétique — justice est faite. En vertu de l’arrêt du tribunal Supérieur ont été fusillés les traîtres à la patrie, les agents mercenaires du fascisme: Zinoviev, Kameniev, Evdokimov, Bakaiev, Mratchkovski, Ter-Vaganian, Smirnov, Dreitzer, Reingold, Pikel, Goltzman, Fritz David, Olberg, Berman-Iurine, Lourié M. et Louri. N.”
Cette liste je l’avais lue dans les livres d’histoire comme celle des Procès de Moscou, étape importante des purges staliniennes. Mais voilà qu’elle me tombait sous le nez, sous une autre forme: celle du verbe au présent, chargé de la propagande d’un système meurtrier, déjà alors bien rôdé.
Et surtout cette adresse spécifique aux artistes, en fin d’article, qui rappelle qu’aucun drame n’arrive jamais totalement par surprise: “Aussi les travailleurs dans le domaine des arts ont-ils pour tâche de vérifier soigneusement leurs rangs (…).”

29 janvier 2009 à 14:00
Je ne connais rien à l’histoire Russe. J’aime Tchekhov. J’ai lu des nouvelles.
Mais la politique. Je ne connais rien.